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 DJ Shadow - The Outsider (2006)

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MessageSujet: DJ Shadow - The Outsider (2006)   Mer 6 Juil - 13:51

The Outsider



The Outsider est le 3e album studio du producteur et dj américain DJ Shadow et marque un virage ****équent par rapport à ses précédentes réalisations. En effet, alors que les opus antérieurs étaient plus électroniques avec un son unifié, celui-ci orienté hyphy (un style de musique et de danse généralement associé à la culture hip-hop de la région de la baie de San Francisco).

Tracklist

1. Outsider intro
2. This time (I'm gonna try it my way)
3. 3 freaks (Featuring Keak Da Sneak & Turf Talk)
4. S+Droop-E Droop
5. Turf dancing (Featuring The Federation & Animaniaks)
6. Keep em close (Featuring Nump)
7. Seein thangs (Featuring David Banner)
8. Broken levee blues
9. Artifact (Instrumental by Zach de la Rocha)
10. Backstage girl (Featuring Phonte Coleman)
11. Triplicate / Something happened that day
12. The tiger (Featuring Sergio Pizzorno & Christopher Karloff)
13. Erase you (Featuring Chris James)
14. What have I done (Featuring Christina Carter)
15. You made it (Featuring Chris James)
16. Enuff (Featuring Q-Tip & Lateef The Truth Speaker)
17. Dats my part (Featuring E-40)
18. 3 freaks (Droop-E remix featuring Mistah Fab, Turf Talk, Keak Da Sneak)







Vla le lien pour l'album pour ceux que sa intéresse

http://www.mediafire.com/?3kzugmnftzj

Interview de DJ Shadow

La clé pour comprendre comment ces voix et ces inspirations différentes peuvent coexister sur le même disque, c’est de se souvenir que Shadow est autant un fan qu’un musicien. En dehors des disques auxquels il a contribué en tant qu’artiste, il s’est forgé une réputation enviable de DJ producteur de mixtapes et de conservateur d’archives musicales pointues. Les mixes "Brainfreeze" et "Product Placement", réalisés avec son ami et collègue Cut Chemist, ou encore "Diminishing Return" et "Funky Skunk" ont révolutionné l’art du mix et ont eu un impact énorme sur le monde des crate diggers, tandis que ses compilations "Schoolhouse Funk" ont sauvées des poubelles de l’histoire (ou du moins des boutiques d’occasion de l’armée du salut) quelques morceaux d’un des genres musicaux les plus insaisissables – les fanfares funk d’écoles. Mais en studio, il s’est souvent senti gêné par les attentes énormes qui sont nées après la sortie de son premier album, et par le culte fanatique que celui-ci a engendré.

Depuis Shadow a probablement passé plus de temps qu’il ne voudrait l’admettre à être celui que les gens veulent qu’il soit. De mèche avec son premier patron et mentor, le boss du label Mo' Wax James Lavelle, il a réalisé la plus grosse part de la musique de l’album de U.N.K.L.E. paru en 1998, "Psyence Fiction". A l’époque où il a publié "The Private Press", il avait emmené son savoir-faire pour le style musical qu’il avait choisi – de la musique instrumentale chargée d’émotion, créée uniquement à partir de samples – aussi loin qu’il le pouvait. Du hanté "Giving Up The Ghost" à la méthodologie obsessionnelle de "Monosyllabik" (le morceau entier a été créé en étirant, traitant et manipulant des samples d’un unique single funk, dans un processus équivalent pour l’audition à celui de l’animation visuelle), il s’agissait de l’album ultime de Shadow.

Tout au long de ces projets, pourtant, Shadow restait le fan de rap aux yeux emplis d’étoiles qui, encore adolescent, avait découvert le hip hop sur la station de radio du collège de la ville californienne dans laquelle il avait grandi et dont il partage le nom, Davis. Sur la pochette de "Endtroducing...", il expliquait le disque comme étant le produit de "toute une vie de culture vinyle", et "The Private Press" aurait tout aussi bien pu reprendre le même épithète. Pourtant, ceux-ci n’ont pu raconter que la moitié de l’histoire et "The Outsider" est là pour remplir quelques blancs.

Deux choses sont arrivées, qui ont changé Shadow et sa musique. La première a été la découverte que, lorsque sa femme a su qu’elle attendait des jumeaux en 2003, sa grossesse s’est révélée être mono-amniotique. Cette maladie rare – "tu as quatre fois plus de chances d’être frappé par la foudre," dit-il – voit les jumeaux se développer dans le même sac amniotique de l’utérus. Le couple a aujourd’hui deux petites filles en parfaite santé, mais a connu des mois d’intenses tourments pendant lesquels la plupart des médecins spécialistes suggéraient que non seulement les enfants, mais également leur mère, avaient peu de chance de survivre.

Puis, alors qu’il était à Londres en train de travailler sur "The Outsider", Shadow a été reconduit à son hôtel après une séance d’enregistrement de nuit par un chauffeur de taxi qui s’est endormi au volant et a grillé un feu rouge.

Le taxi a heurté un véhicule transportant des passagers. Personne n’a été sérieusement blessé, mais s’ils étaient arrivés au carrefour une fraction de seconde plus tôt, Josh aurait probablement été tué. "Ces deux choses m’ont transformé," dit-il, "et je ne peux pas revenir en arrière. C’était comme un interrupteur sur lequel on appuie. Je suppose que j’étais un éternel jeune garçon de 23 ans depuis sept ans, et quand
tout cela est arrivé, je suis devenu un homme. Parfois je pense que ça aurait dû me faire prendre moins de risques, être plus sage, reconnaissant et calme, mais en fait cela m’a donné envie de prendre position sur tout. Après j’ai réalisé que non seulement la vie était trop courte, mais qu’elle pouvait s’arrêter à n’importe quel moment, donc je ne dois faire que ce que je veux vraiment faire. C’est là que je suis rentré chez moi et que j’ai fait "3 Freaks". Et je me suis soudain senti plein de confiance dans la direction que je voulais emprunter."
Cette confiance n’est certainement pas déplacée, et ces leçons qui ont changé sa vie ont assurément été bien apprises. En s’abandonnant une fois pour toute à ses instincts de fan, Shadow a fait le disque qui représente le mieux qui il est et ce qu’il veut être, et cela montre, pour emprunter la phrase d’un autre pionnier du hip-hop, à la fois d’où il vient (« where he's from »), et où il va (« where he's at »).




Tu as commencé ta carrière en faisant de la radio. Peux-tu nous raconter comment tu es arrivé sur les ondes ?

J’ai eu mes premières platines en 1984, à l’âge de 12 ans. Je faisais des petits mix chez moi. Vers 1987 j’ai appelé la radio universitaire de Davis. Il y avait ce type Oras Washington qui passait du rap dans son émission. Il jouait des trucs comme Prince, Zapp etc. Il était plus vieux donc il était plus dans le funk. Moi j’avais 15 ans et quand je l’écoutais je me disais, c’est bien son émission mais pourquoi il joue ce morceau plutôt que celui là… J’ai décidé de l’appeler pour lui proposer d’envoyer un de mes mixes. Il l’a écouté et il m’a proposé de le passer à l’antenne. J’ai retrouvé un cassette d’un de ces mixes il y a pas longtemps d’ailleurs. Je me souviens encore de quand j’allais en vélo déposer mes cassettes à son studio et que je retournais vite chez moi pour enregistrer l’émission : « et maintenant nous allons écouter un mix de Josh, il a 15 ans… ».

Tu n’avais pas encore de nom de DJ à l’époque ?

Non. Enfin peut-être que j’en avais trouvé un, mais ça devait être un nom ridicule, je préférais pas lui dire ! C’était cool d’avoir mes mix joués à l’antenne, même s’il devait y avoir moins de 500 personnes qui écoutaient. Plus tard il m’a invité à participer au Black Family Day. L’université de Davies fêtait ça tous les ans et Oras mixait sur la place central du campus. Il m’avait proposer de venir faire une démonstration de scratch le midi. C’était la toute première fois que je scratchais en public, en octobre 1987. Par la suite j’ai acheté un 4 pistes sur lequel j’ai fait mes premiers beats. J’enregistrais un break qui durait deux mesures sur une piste, ensuite sur la seconde piste je réenregistrais deux mesures etc… Ca prenait des heures. Je faisais des mixes pour KMEL aussi, la plus grosse station urbaine dans la Bay. D’ailleurs c’est cette station qui a été la première à soutenir mon morceau "3 Freaks" l’an dernier.

Ca ne te dit pas de refaire de la radio aujourd’hui ? Avec ta collection je suis sûr que tu pourrais avoir un show diffusé dans le monde entier comme Gilles Peterson ou Ninja Tune.

Personne ne me l’a jamais proposé. J’aimerais bien si ça pouvait être un show mensuel. Faire une émission toutes les semaines c’est trop contraignant, je n’aurais pas le temps de faire ça bien. Ca prend beaucoup de temps. Si une radio comme NPR (la seul radio publique américaine) me proposait, pourquoi pas.



Comment as-tu rencontré Dave Funkenklein qui a sorti tes premiers disques ?

En 1989 il écrivait pour The Source. Avant ça je lisais ses chroniques dans un magazine qui s’appelait Dance Music Report, il avait une colonne avec Hank Shocklee du Bomb Squad où ils chroniquaient les nouveautés rap avec humour. J’adorais parce qu’il n’avait pas peur de critiquer. A cette époque quand je lisais les chroniques de rap dans les magazines j’avais l’impression que tout était toujours bon. Funkenklein n’hésitait pas à critiquer mais il était très ouvert. Il n’allait pas descendre un disque de 2 Live Crew parce qu’ils étaient de Miami. Si c’était un bon disque de Miami Bass il le disait, si c’était un bon disque de gangsta rap il le disait. Si c’était un bon disque de rap danois il le disait. J’aimais son œil critique. Donc début 1991 je lui ai envoyais une démo à The Source, ainsi qu’une à Matty C qui s’occupait de la rubrique Unsigned Hype. Matty C avait sélectionné ma démo pour la chroniquer dans le magazine et peu après Funkenklein m’a rappelé : « je crois que j’ai un boulot pour toi, si ça t’intéresse de gagner 3000 $ rappelle moi. » J’étais comme fou. Je travaillais à mi-temps dans une pizzeria pour le salaire minimum, j’étais en première année de fac, c’était le coup de fil inespéré. Mais je n’ai jamais rencontré Funkenklein en personne. En fait si, une seule fois en 1988, j’avais oublié, tiens. Bien avant d’être en contact avec lui, il travaillait pour Def Jam à ce moment, il s’occupait de leur promo et je suis allé voir un concert de Run DMC, Public Enemy, EPMD, Jazzy Jeff & Fresh Prince, Too Short au Oakland Coliseum. J’y étais allé avec Oras Washington, Funkenklein était sensé nous donner des passes pour aller backstage faire des interviews. On a attendu des heures, Funkenklein n’arrivait pas, nos noms n’étaient pas sur la guest-list. Bref, on a entendu dire qu’il y avait une after party dans la suite de Russel Simmons à l’Holiday Inn (c’est dire comme ça date, Russel ne mettrait pas les pieds dans un Holiday Inn aujourd’hui). On est allé à l’after et c’est la que j’ai rencontré Funkenklein pour la première et seule fois.

Donc comment en es-tu venu à signer sur son label ?

Donc au moment où je lui ai envoyé ma démo il travaillait pour Hollywood Basic. La première chose que j’ai fait pour lui c’était un mégamix des différentes sorties de Hollywood Basic : Raw Fusion, Zimbabwe Legit… Je ne me souviens plus précisément, peut être que Lesson 4 est sorti avant.

Tu te souviens de ce qu’il y avait sur la démo ?

Il y avait trois choses : des remixes de morceaux de rap existant (un remix de Let The Rhythm Hit’em, Wake Up de Latee sur Wild Pitch, Words Of Wisdom de Third Bass), un mégamix avec Amerikka’s Most Wanted, Brand Nubians de Brand Nubian. A l’époque Brand Nubian n’étaient connus qu’à New-York, c’était avant leur premier album et je crois qu’ils ont été impressionnés qu’un mec de Californie mette ça sur un mix. Enfin bien sur il y avait mes propres morceaux, je me souviens de ce que Matty C disait dans sa chronique. Il y avait une boucle de Purple Haze de Jimi Hendrix, avec Assembly Line des Commodores. C’était juste des petites idées comme ça.

Il n‘y avait rien que tu as sorti par la suite ?

Pas vraiment, il y avait peut-être des samples que j’ai utilisés ailleurs, mais c’est tout.

Quel matériel utilisais tu à cette époque ?

Un quatre piste et c’est tout. Tout ce que j’ai fait pour Hollywood Basic c’était uniquement fait avec des platines et un multipiste, le Basic Megamix, le mix de Zimbabwé Legit, Lesson 4. J’ai eu mon sampler en 1992. Paris qui était chez Tommy Boy m’a aidé à l’acheter et mon père m’a prêté un peu d’argent aussi.

Comment as-tu rencontré Paris ?

Il faisait une émission sur KDVS, il était étudiant à Davis. Oscar, c’est le prénom de Paris, avait son label Scarface déjà qui venait de sorti le maxi du groupe ATC, This Beat Is Def. J’adorais ce morceau. Il a aussi sorti son EP qui est excellent mais très dur à trouver : By Night, il posait dans une Lamborghini sur la pochette. Il y a un troisième disque qu’il a sorti que je n’ai pas qui est un groupe de filles latinos. Il a été viré de la station parce qu’il avait insulté quelqu’un à l’antenne. En 1987 c’était assez bizarre de rencontrer un blanc de 15 ans qui était à fond dans le rap et aussi enthousiaste que moi. Je m’intéressais à tout, j’avais pas peur d’aller vers les autres et de leur dire : « Je suis super fan de ce que tu fais ! » Paris étais surpris « vraiment tu aimes ce que je fais ? »

Quand as-tu commencé à t’interesser au funk ?

En 1987 j’ai commencé à digger, parce que je scratchais et j’imitais les solos de scratch sur les disques. La première fois que j’ai compris le concept de breakbeat c’est quand One For The Treble de Davy DMX est sorti et qu’il scratchais le riff de Ashley Roachlip des Soul Searchers. Et juste après Step Off de Melle Mel & The Furious Five est sorti et il y avait le même riff. Je pouvais scratcher de la même manière, mais je ne savais pas ce qu’ils utilisaient. Comment pouvaient-ils scratcher le même son sur deux disques sortis au même moment. C’est là que j’ai compris qu’il me manquait une pièce du puzzle. En 86-87 j’ai commencé à collectionner les breaks. J’avais acheté le magazine Melody Maker où Sweet T était en couverture. « Wahou Sweet Tee en couve d’un magazine ?!! ». L’article parlait de gens comme Derek B, et la scène londonienne et il y avait des interviews de Just Ice et le top 10 des breakbeats de Mantronix. Donc j’ai pris cette liste et je suis allé chez mon disquaire lui demander s’il pouvait me trouver ces disques. Il m’a sorti Dance To The Drummer’s Beat et Payback, c’est les premiers breaks que j’ai acheté. J’ai acheté le second album des Soul Searchers, We The People, parce que je ne trouvais pas Salt Of The Earth qui avait Ashley’s Roachlip. Ils ne coûtaient que 3 dollars. Personne ne diggait à l’époque. La première personne que j’ai rencontré qui s’intéressait aux breakbeats c’était Automator. Et Lyrics Born et Chief Xcel de Blackalicious. Mais là on avance dans le temps c’était vers 1991.

Parlons d’abord de ta rencontre avec James Lavelle.

James Lavelle avait entendu un de mes morceaux. Il venait souvent à LA pour faire ces soirées Acid Jazz, avec Orlando Aguillen qui s’occupait du label Brass et des soirées Brass à LA. James venait mixer à leurs soirées et il avait du venir deux fois à Los Angeles quand Orlando a joué le morceau de Zimbabwé Legit que j’avais fait pour Hollywood Basic. Le morceau été sorti un an avant quand James Lavelle l’a entendu pour la première fois et ça lui a plu, c’était jazzy, hip hop, tout ce qu’il voulait que soit son label. Il a récupéré mon numéro par Alvie de chez Tommy Boy. Il m’a appelé et comme je lisais NME, Melody Maker et Soul Underground je savais qui il était. Les magazines anglais étaient en avance. Je me souviens que la première fois que j’ai vu une photo de Mark The 45 King en 1988 c’était dans Soul Underground. Il n’y avait aucun magazine Américain qui parlait de rap, aucun. Il n’y avait pas The Source, il n’y avait pas Rap Pages. Je connaissais le rap anglais, mais je n’avais pas écouté les premières sorties de Mo’Wax, il devait y avoir trois disques sortis sur le label à ce moment là. C’était très Acid Jazz, un peu comme Talking Loud. Ce n’était pas trop mon truc. C’est tombé à un bon moment pour moi car Funkenklein allait très mal, il avait une tumeur à la colonne vertébrale, il était en chaise roulante.

C’est une rencontre qui a changé le cours de ta carrière, parce qu’en signant avec un label européens tu as mis fin à ta carrière américaine d’une certaine façon.

Les gens en Californie me connaissaient, j’avais une réputation. Mais le problème c’est que les labels américains voulaient que je fasse du Kenny Dope, que je mette en boucle quelques mesures d’un truc funk. Je n’avais pas la liberté que j’ai eu avec James. On ne demandait d’utiliser des samples plus connus. Mais ce n’est pas du tout ce que je voulais faire au contraire, avec Lyrics Born et Xcel on voulait au justement sortir des breaks inconnus. A cette période on commencé à voir venir des artistes comme Freestyle Fellowship qui amenaient un son vraiment étrange. Gift The Gab et Lyrics Born on été très influencés par ce genre de disque.

Tu n’as pas été déçu de l’accueil qu’on eu tes disques en Amérique ?

Non, parce qu’en même temps on a monté le label Solesides et on sortait les disques qu’on voulait sur le territoire américain. J’habitais avec Chief Xcel, et après avec Lateef. Je finissais la fac. On faisait des concerts, on vivait notre rêve. Je ne savais pas trop ce qu’allait donner le contrat avec Mo’ Wax mais je faisais du travail de terrain en Californie avec Solesides et des années plus tard j’ai réalisé que des gens comme Jurassic 5 ont été profondément influencés par les disques qu’on faisait. On ne se rendait pas bien compte de l’impact de notre musique. Ni aux USA, ni en Europe. En 1993-95 ma carrière était autant avec Solesides en Californie qu’en Europe avec Mo’Wax. On a sorti le premier EP de Blackalicious on a eu un excellent feedback aux USA. Mo’Wax marchait bien, ça me rapportait de l’argent qui servait à financer mon rêve, Solesides. On était un crew très soudé. On vivait ensemble. Les choses ont changé seulement après Endtroducing en 1996. Depuis le tout début, si il y a 100 marches à franchir dans une carrière je ne veux en rater aucune. Tout a toujours été en progression, je n’ai jamais explosé d’un seul coup. Je fais de la musique depuis 15 ans, je n’ai jamais eu de hit radio, je n’ai jamais eu de disque d’or. Les gens ont l’impression que je pèse, mais pas du tout. Je ne me plains pas. Je ne suis jamais passé à la télé aux Etats-Unis. Lateef est passé deux ou trois fois, mais moi non.

Hormis tes camarades de Solesides/Quannum tu as réalisé peu de productions pour des rappeurs. On se souvient de Paris il y a très longtemps et Cage récemment. Pourquoi ?

Personne ne m’a demandé. Automator m’a demandé de faire du son pour lui, Blackalicious m’a demandé, Lateef aussi. Mais je n’aime pas démarcher pour ça. Je n’ai pas eu de manager jusqu’en 1997 Avant ça je n’avais pas ni le temps, ni la volonté d’aller proposer. Je ne sais pas. On ne me demande pas souvent. Les rappeurs ne viennent pas me voir pour ça. J’aurais pu avoir l’occasion de le faire avec des inconnus, mais je n’ai jamais eu besoin de prouver quoi que ce soit au public hip-hop. En plus je n’ai jamais cherché à travailler avec des légendes. J’admire les gens quand ils sont à leur top. Je ne sais pas. Ca me prend du temps de faire des beats, quand j’en fait un bon je le développe et ça me prend du temps. C’est pour ça que j’en fait pour Lateef et les autres parce qu’on vivait ensemble, alors ils me poussaient à leur faire des sons. On habite à Davis, et c’est un peu perdu, il n’y a pas de scène hip-hop là-bas, on est à une heure de San Francisco, et les gens ne savaient pas forcément comment nous joindre. J’ai mon crew, mes rappeurs sont aussi doués que les autres, pourquoi les proposer à d’autres ? Je n’ai jamais démarché. J’aurais peut-être du. Par exemple c’est El P qui m’a demandé de faire un son pour Cage. Pareil pour DJ Fresh. En plus je n’ai pas vraiment le temps de le faire.

Tu as écrit sur ton site que tu avais changé ton son sur ce nouvel album parce que tu en avais marre qu’on copie ton son.

A un moment j’avais l’impression en lisant des magazines que c’était à la mode de cracher sur DJ Shadow ! Je lisais des chroniques de disques d’autres artistes et je lisais des trucs du genre « bien mieux que DJ Shadow » etc. Quand est sorti le DVD en 2004 un magazine l’avait chroniqué au milieu d’autres albums d’artistes qui étaient présentés comme les nouveaux DJ Shadow. C’était bizarre. Pourquoi les gens veulent être le nouveau moi ?

Mais quand tu vois des disques avec un sticker qui dit « à mi chemin entre DJ Shadow et X », ça ne te flatte pas ?

Tu veux parler de Prefuse ?

Prefuse, RJD2, Sixtoo, il y en a plein…

Quand c’est dit de façon positive ça ne me dérange pas vraiment, mais souvent c’est à propos de gens qui ne font pas du tout la même chose que moi. Je sais qui est meilleur que moi et je sais qui est moins bon que moi. A mon âge je crois que je peux me permettre de parler comme ça. Sinon les journalistes se croient permis d’écrire n’importe quoi. Je me souviens en 1997 je lisais Spin magazine et ce journaliste Will Hermes parlait d’un disque de Tricky et il écrivait un truc du genre « DJ Shadow est bien pâle à coté de ça ». Six mois plus tard il m’a interviewé et je lui ai rappelé cette citation et il a fait, « Touché ! Je crois bien que j’ai écrit une connerie là ».

Pourquoi y a t-il toujours autant de temps entre deux de tes albums ? Tu as quinze ans de carrière et seulement trois albums officiels…

Quatre, car pour moi le premier Unkle est comme mon album. J’ai fait toutes les musiques et je le considère comme mon album.

Et qu'as-tu pensé du second UNKLE ?

C’était pas mal. J’étais à fond dans le son hyphy quand c’est sorti alors je ne me suis pas senti très concerné par le disque. Unkle existait avant moi, je l’ai toujours considéré comme un projet ponctuel.

J’ai lu une vieille interview de toi datant de 1996 (année de sortie de "Endtroducing") où tu disais que tu préférais faire beaucoup de singles plutôt que des albums.

J’ai commencé par sortir des maxis, je n’ai pas été signé tout de suite par Mo’Wax pour 5 albums en 1991. Mon premier single a été tiré à 800 exemplaires, le second est sorti à deux mille exemplaires, puis 5000. Ca n’avait aucun sens de sortir un album avant 1996. Depuis j’ai fait quatre albums mais j’ai aussi fait "Product Placement", "Brainfreeze", "Pre Emptive Strike", c’est pas mal quand même. "Private Press" est sorti en 2002. Je suis parti en tournée neuf mois. Un rappeur peut partir en tournée et avoir son producteur qui bosse en studio et lui envoie des beats, moi je ne peux pas. En rentrant j’ai fait un break de trois mois. Ma femme est tombée enceinte et c’est important pour moi d’avoir une vie privée en dehors de la musique, parce que je ne veux pas en vouloir à la musique. Je ne veux pas finir aigri à 70 ans et pleurnicher parce que la musique m’a volé ma vie ! J’aime la musique et quand je travaille je suis à fond dans la musique 75 heures par semaine. Tout le temps. Je compose, je donne des interviews, je tourne, je répète, je tourne des vidéos… Je suis un artiste solo donc je ne peux compter que sur moi même. Depuis le dernier album j’ai pris le temps de me marier, j’ai acheté une maison, j’ai eu deux enfants et c’est important dans ma vie. Sans cet équilibre je ne peux pas trouver le calme nécessaire pour travailler.


Etant signé en major as-tu ton mot à dire sur des détails comme quel maxi sortir, presser l’album en vinyle ou pas etc…

J’ai appris avec le temps que parfois avec les majors il vaut mieux les laisser faire à leur sauce. C’est une chose que me disait E-40, si tu essaies de trop donner ton avis sur tout au bout d’un moment ils se disent que tu n’as qu’à te débrouiller sans eux, et ils arrêtent de pousser ton disque. Il vaut mieux être subtil, donner ton avis, essayer de les laisser faire leur boulot. Par exemple tout le monde était d’accord pour dire que le morceau de Q-Tip sur "Outsider" était le single évident. Je voulais que "3 Freaks" soit également mis en avant alors j’ai payé de ma poche le clip. En fait pour "3 Freaks" l’histoire c’est que le manager de Keak Da Sneak était le principal promoteur hyphy et quand on a fait le morceau au studio Turf Talk n’arrêtait pas de dire « il faut l’envoyer aux radios » parce que c’est comme ça que ça se passe dans la bay, les mecs enregistrent leurs morceaux et dès qu’ils sont mixés ils les envoient en mp3 à tous les DJs, et ça passe tout de suite à l’antenne. Alors le manager de Keak me dit, « je veux vraiment l’envoyer à Rick Lee et à tous les DJs, t’es d’accord ? ». Au moment où on a fait ce morceau je n’étais même pas signé. Je n’avais pas de label aux Etats-Unis. Je ne savais pas quel était mon statut exactement, alors je l’ai sorti tout de suite, on a pressé un vinyle sans avoir à demander rien à personne. Je me souviens que j’étais à New-York pour enregistrer avec Q-Tip et pour rencontrer les gens d’Universal quand John m’a appelé pour me dire que Big Von venait de jouer le titre deux fois d’affilé ! Tout va très vite dans la Bay alors c’était important de sortir le disque localement aussi vite que possible. Keak était au top, alors l’avoir en duo avec Turf Talk ça allait forcément fonctionner. C’était un disque pour la Bay, pas pour New-York, pas pour les fans de DJ Shadow.

Tu comprends que les fans qui sont restés sur l’idée du DJ Shadow de "Six Days" soient horrifiés par "3 Freaks" ?

Il y a des de morceaux que j’ai fait depuis 2002 qui s’éloignaient de l’approche que j’avais avant, comme le maxi "Keepintime", le titre que j’ai fait pour Lyrics Born, le maxi de Quannum MC’s, le remix de Radiohead, le remix pour Keane… Tous ces morceaux sont des mélanges de samples et de synthés, tous ces projets m’ont permis de me faire la main, pour m’adapter à une nouvelle façon de travailler, ce n’est pas facile. Les fans qui suivaient de près mon travail n’ont aucune raison d’être surpris.

Ton son est tellement différent qu’on en vient à se demander si tu aimes toujours jouer les anciens morceaux sur scène ?

Oui, bien sûr. Je n’ai aucun problème avec mes anciens morceaux, je n’ai aucun problème avec aucun des titres du nouvel album, j’assume tout, je les aime tous. Je suis tranquille avec moi même parce que j’aime vraiment "Outsider" et si au final le disque se plante je sais que j’ai bien fait de faire un disque comme celui là. Je dois mener ma carrière comme je le souhaite sans laisser quelqu’un d’autre décider de ce que je dois faire ou ne pas faire. Si je ne le fait pas je vais continuer à lire des « Untel fait du DJ Shadow… untel est meilleur que DJ Shadow… je peux faire des mixes aussi bons que les siens ». Je fais la musique que j’aime.

Tu peux nous expliquer exactement comment est construit le morceau "Broken Levee Blues" ? Ce n’est pas toi qui joue de la guitare dessus ?

Non, en fait il y avait ce disque que je voulais sampler mais il y avait un problème parce que l’exemplaire que je possède n’était pas très propre et le disque craquait. Donc je me suis dit que ce serait mieux de faire rejouer le sample par quelqu’un. En plus sur le disque original la guitare était mal accordée. En 2004 j’ai fait rejouer le morceau par un guitariste sans vraiment savoir ce que j’allais en faire. Quelques mois plus tard j’ai voulu placer dessus un poème de Talaam Acey, mais le morceau n’était pas avancé donc j’avais juste des éléments séparés et en janvier dernier quand je commençais à penser au contenu de l’album j’ai fini le morceau, j’ai redécoupé les parties de basse et de guitare qu’on avait enregistré, j’ai ajouté le sample qui fait nobody cares et le poème.

Tu peux nous raconter comment s’est fait le morceau "This Time" ?

C’est une longue histoire mais pour résumer les paroles ont été enregistrées il y a 40 ans je pense. Il y a un studio en Californie qui a fermé et dans leurs archives un de mes amis a trouvé une bande avec cet enregistrement. Il me l’a mis sur CD et donc je me suis retrouvé avec entre les mains ce passage d’une minute trente avec cet homme qui devait probablement se chauffer la voix ou raccorder sa guitare. On ne sait pas du tout qui c’est. Sur la bande il y avait simplement écrit « vocals by Joe ». Je me suis demandé ce que ça pourrait donner avec toute une instrumentation autour et j’ai appelé mon ami Max des Poets Of Rhythm et Malcolm Catto pour qu’on créé toute un morceau autour de cet a cappella. C’est sûrement le morceau qui m’a demandé le plus de travail, on a du passer une centaine d’heures à jouer et à éditer les meilleurs passages.

Pourquoi avoir autant de morceaux chantés sur "The Outsider" ?

Avec "Private Press" j’étais déçu de voir que tous les journalistes le comparaient à "Endtroducing" alors que je le trouvais très différent et même meilleur. Pour moi "Endtroducing" et "Private Press" sont incomparables, j’ai vraiment été contrarié que tout le monde cherche à les lier. Je voulais éviter cette fois encore les comparaisons hasardeuses alors j’ai pensé qu’en faisant un album entièrement avec des voix les gens comprendraient tout de suite que ça n’a rien à voir avec "Endtroducing".


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MessageSujet: Re: DJ Shadow - The Outsider (2006)   Mer 6 Juil - 20:32

perso c'est une vibe à laquelle j'adhere pas du tout lol mais c'est que mon avis
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MessageSujet: Re: DJ Shadow - The Outsider (2006)   Mer 6 Juil - 20:39

j'ai pas non plus super accroché au son "Hyphy"

par contre 3 freaks me fais fraiment trop triper ce son est énorme
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serjoga
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MessageSujet: Re: DJ Shadow - The Outsider (2006)   Mer 6 Juil - 21:03

Toujour kiffé le delire Hyphy avec leurs instrus.
3 freaks j'ai du l'ecouter des milliers de fois.

Rien que pour l'avoir entendue je go me pecho des bon truc hyphy
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Crate digger


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MessageSujet: Re: DJ Shadow - The Outsider (2006)   Mer 6 Juil - 21:12

J'aime pas du tout cet album.. autant les deux premiers de Shadow sont des gros albums celui la me laisse vraiment indifférent..
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MessageSujet: Re: DJ Shadow - The Outsider (2006)   Aujourd'hui à 12:09

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DJ Shadow - The Outsider (2006)
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